"- Oui oh ca va bien hein. Oui voilà c'est ça. Super on lui dira! C'est ça oui et merci beaucoup, et j'ai rien senti.
- Quoi???
- Ben oui, et bien non j'ai rien senti et qu'est ce qui a? Qu'est ce que c'est que cet interrogatoire? Ah c'est ça pardoooon! OH PARDON! Pardonnez-moi ma langue a dû fourcher, je voulais dire : "oh non cher maître c'était si douloureux que mes larmes de sang coulent encore sur le ressouvenir de cette étreinte annonçant mon trépas prochain et je ne puis plus tolérer cette souffrance coïtale tuez moi".
C'est ça qu'on doit dire?
Et bien non voilà et puis quoi? C'est si mal? Faut forcément endurer douloureusement un truc pour que ça soit important? Ben non, alors moi voilà, je le dis : je n'ai rien senti, j'ai rien senti et voilà. Merde à la fin!
Non mais sans rire c'est pas possible cette génération ou tout le monde doit tout le temps avoir mal quelque part! Moi je n'ai RIEN senti. Je suis l'affreuse qui n'a rien senti et pire, qui n'a même pas eu mal, alors oui effectivement. Mais encore une fois je te le demande, à partir de où dans l'histoire avons nous dit que c'était essentiel, et d'ailleurs si on y pense bien DEPUIS QUAND a-t-il été décidé que nous allions nous poser cette question?! Arrêtons une minute. Est-on, ici présent, en train de façon tout a fait détendue, voire même un peu au repos, de se dire que ne pas avoir senti est un problème?!
EST-ON EN TRAIN DE FAIRE CELA? Parce que si c'est ce que nous sommes en train de faire, on va le dire!
Je rêve...Je rêve!
Et donc c'est ça en fait?! Comment ai-je pu!
Comment ai-je pu taire une réponse à cette question essentielle qui occupe bien entendu l'intégralité du champ de tes angoisses depuis nos 15 ans de mariage c'est évident, mais surtout comment as tu réellement pu laisser la grangraine d'une telle torture te gagner pendant tout ce temps?
Comment ai-je fait pour ne jamais me confier! COMMENT ai-je pu vivre 15 ans, passant à côté du martyr sans le regarder?!! Comment as-tu fait pour comprimer ce feu bouillant qui ne demandait qu'à exploser et laisser grandir, jours après nuits, le supplice infâme que procurait en toi la douleur de ce gouffre sans fond mais qui ne trouva jamais de réponse :
MA FEMME A T ELLE EU MAL?
Nous sommes face à un tournant devant l’éternel. Que dois-je faire? Seigneur que dois-je faire?
Quelle réponse mon mari ne s'attend-t-il plus à recevoir ? Comment dois-je amener la criante vérité de l'être insensible face à la pleine volonté d'un mari dévoué au partage douloureux de ses actes sexuels?
Dois-je le dire?
Dois-je plonger, Seigneur? Dois-je donner la sentence à mon mari silencieux de trop de questions? Oui assurément.
Alors parfait, très bien. Je vais le faire.
Et bien voilà Henri : je n'ai jamais pu te souffrir."
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